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Homme ou femme, pourquoi poser la question?

http://www.ledevoir.com/politique/canada/474870/homme-ou-femme-pourquoi-poser-la-question

Homme ou femme, pourquoi poser la question?

L’omniprésence des «petites cases» précisant l’identité sexuelle sur les documents gouvernementaux d’identification préoccupe la communauté transgenre

6 juillet 2016 | Hélène Buzzetti – Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada

Sexe ? Rien à déclarer. La présidente de la Commission canadienne des droits de la personne estime qu’il est grand temps que le gouvernement fédéral s’interroge sur la pertinence de demander encore aujourd’hui aux citoyens s’ils sont des hommes ou des femmes. Cette conception binaire de la société heurte les personnes transgenres et n’est peut-être pas utile.

 

« C’est fait par habitude alors que la question fondamentale que les autorités doivent se poser, c’est quel est le rationnel [la logique] derrière cette demande de s’identifier », dit en entrevue avec Le Devoir la présidente de la Commission, Marie-Claude Landry. « Il faut repenser quand on demande cette question quel en est le rationnel qui la sous-tend. S’il n’y a pas de rationnel — par exemple pour des questions de recherche, pour démontrer que certaines catégories de personnes ont moins accès à l’emploi que d’autres —, alors cette information ne devrait pas être demandée. Parce que quand on demande l’information, on met une étiquette sur quelqu’un. Et ce qu’on entend, c’est qu’il ne devrait pas y avoir d’étiquette sur les gens. […] Ce n’est pas parce qu’une pratique est là qu’elle est bonne et est en soi acceptable. »

 

La Commission a mené des tables rondes dans plusieurs villes du pays pour entendre les préoccupations de la communauté transgenre. (Celle de Montréal aura lieu d’iciquelques jours.) La préoccupation principale entendue ? L’omniprésence des « petites cases » précisant l’identité sexuelle sur les documents gouvernementaux d’identification. Certains s’en plaignent parce qu’étant en processus de transition, il est difficile de répondre à la question. D’autres déplorent que la présence de cette case impose aux personnes transgenres de faire modifier leurs documents lorsqu’ils changent de sexe. D’autres enfin n’aiment pas devoir choisir un sexe alors qu’ils ne s’identifient à ni un ni l’autre en totalité.

 

Réflexion générale

 

Le gouvernement de Justin Trudeau se dit disposé à entreprendre cette réflexion. « Nous sommes en train d’effectuer une révision de l’ensemble des circonstances dans lesquelles le gouvernement exige ou produit des documents d’identité afin de ne pas exclure les gens dont l’identité de genre ne correspond pas à la norme binaire. Ça pourrait inclure la neutralité dans plusieurs situations », indique l’attaché de presse du premier ministre, Cameron Ahmad.

 

Un des documents qui sera certes dans la ligne de mire du gouvernement est le passeport. Déjà en 2012, Passeport Canada disait s’interroger sur la pertinence d’inscrire le sexe du détenteur sur son document de voyage. Quel a été le résultat de cette réflexion ? Personne n’a répondu aux demandes du Devoir mardi.

 

Marcella Daye, qui est responsable de ce dossier à la Commission, estime que la question pourrait être réglée facilement. Elle rappelle que l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), qui établit les normes internationales de conception des passeports, permet déjà que l’espace prévu pour spécifier le genre du détenteur soit rempli d’un « X ».« Cela peut indiquer que l’individu se déclare comme un X ou que l’État émetteur du passeport a décidé de ne pas préciser le genre des individus. »

 

« Le fait qu’on permet ce champ d’être rempli par un X nous donne peut-être une indication qu’on peut avoir des passeports qui procurent un bon niveau de sécurité et assurent une identification correcte sans que le genre de l’individu soit précisé, continue Mme Daye. Cela laisse entrevoir la possibilité d’instaurer des méthodes d’identification plus inclusives. »

 

Mme Daye sert cependant une mise en garde à ceux qui voudraient faire l’économie d’une réflexion en profondeur. « Certaines entités suggèrent d’offrir le X comme troisième choix, que ce serait une solution acceptable. Mais nous invitons les organisations à penser à cela attentivement. Les personnes transgenres nous ont dit que si elles sont obligées de cocher X, elles seront forcées dans les faits à se révéler. » Et cela aussi pourrait déranger.