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Jusqu’à 18 000 $ pour 3 enfants à l’école publique

http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2016/03/20160315-040817.html

Jusqu’à 18 000 $ pour 3 enfants à l’école publique

Camille Gaïor

MONTRÉAL – Résignées à vivre dans l’anonymat faute de statut, des familles dépensent des milliers de dollars pour inscrire leurs enfants à l’école publique, ce que dénonce un collectif.

Le groupe doit demander mardi à Québec de mettre fin à cette situation.

Clara et Claude (noms fictifs) ont trois enfants. Pour que leurs garçons soient scolarisés à l’école publique, ils déboursent 18 000 $ par année. Sara (nom fictif), elle, paie 6500 $ pour que sa fille de 6 ans intègre la maternelle.

Ces deux familles ont un point commun: leur statut précaire. Après s’être fait refuser leur demande de résidence permanente, de visa de travail et d’étude, ils sont aujourd’hui considérés comme des visiteurs et leurs enfants n’ont pas accès gratuitement à l’école publique.

«C’est eux qui sont pénalisés, ce n’est pas normal», déplore Sara. «Nous, on a décidé de mentir à nos enfants, de leur faire croire qu’on a des papiers pour qu’ils se concentrent sur l’école», reconnaît Clara.

EXCLUS DU PROJET DE LOI

C’est pour inciter le ministère de l’Éducation à intégrer la gratuité scolaire dans son projet de loi 86 sur l’organisation et la gouvernance des commissions scolaires que le Collectif Éducation sans frontières participe mardi aux audiences publiques.

«Bien qu’il élargisse le principe de gratuité scolaire, ce projet de loi reproduit le lien entre statut d’immigration et droit à l’éducation et continue d’exclure trois catégories d’élèves, ceux avec un statut de visiteur, ceux admis au Québec afin d’y poursuivre des études et ceux n’ayant pas de résidence au Québec pendant l’année scolaire», indique l’organisme dans son mémoire.

À l’automne 2014, le Protecteur du citoyen avait aussi pressé le gouvernement d’agir, lui demandant de «rendre l’école publique gratuite et accessible à tous les enfants de 6 à 16 ans domiciliés au Québec, sans égard à leur statut d’immigration».

En janvier, le ministère de l’Éducation avait confirmé que la mise en place des recommandations du Protecteur du citoyen devrait débuter d’ici la fin de l’année [2015]».

DISCRIMINATION

Au Collectif, on regrette que le ministère n’ait pas respecté ses engagements.

«Imposer des catégories exclues de l’éducation gratuite, c’est une forme de discrimination, rappelle Linda Guerry, cofondatrice du Collectif. Et les parents qui inscrivent leurs enfants à l’école et payent s’exposent tout de même au risque d’être dénoncé aux services d’immigration.»

Au moment d’écrire ces lignes, le ministère de l’Éducation n’avait pas répondu à nos demandes.